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Education, droits de l'enfant, écologie, société...

Une méthode de lecture peut cacher un projet politique !

Une méthode de lecture peut cacher un projet politique !

Imposer une méthode d’apprentissage est déjà en soi un déni d’éducation, réduisant l’acte d’enseigner à un simple geste d’exécution, à une somme de techniques et de recettes.

Mais en plus, lorsque la méthode demandée enferme l’enfant dans le répétitif, la passivité, au détriment de son désir d’apprendre, de sa curiosité, de son enthousiasme… on peut penser que l’idéologie politique n’est pas loin.

En effet, préférer une méthode d’apprentissage de lecture où l’enfant est exécutant à une méthode où l’enfant est chercheur est un choix politique, celui d’empêcher de penser, d’ôter le désir de questionner, de comprendre, de savoir, d’imposer l’obéissance passive en contenant l’enfant dans des exercices répétitifs et mimétiques qui réduisent d’autant les temps de création et d’expression.

Ce n’est pas grave, entend-on, ces temps ne sont-ils pas accessibles hors de l’école ?

Oui, bien sûr, mais ce sont les enfants des milieux favorisés qui sont gavés d’activités culturelles, artistiques, de visites au musée, de monuments… et qui peuvent articuler ce qu’ils apprennent à l’école avec le monde qu’ils visitent.

Et ceux qui n’ont que l’école pour comprendre le monde ?

Ils sont nombreux les enfants de milieux défavorisés qui n’ont pas accès à toutes les activités payantes sur le territoire. Même dans les villes qui proposent des activités à des tarifs proportionnels aux revenus, certaines familles ne s’autorisent pas, ne se sentent pas légitimes… et les enfants restent à la maison ou jouent dans la rue. Quant aux musées, monuments… ils sont encore moins accessibles (transports inexistants ou trop coûteux).

Qu’importe ! Ce qui compte pour le ministre, c’est que tous les enfants des milieux populaires déchiffrent et qu’ils se repèrent dans les textes utilitaires comme les programmes de télévision, la publicité et autres messages utiles à la consommation. Pour eux quelques textes simples et quelques textes littéraires distribués - comme les fables de La Fontaine – au compte-goutte.

Pour les autres enfants, pas de soucis, les bibliothèques familiales feront le reste !

Seuls ceux qui mériteront, qui auront de très bons résultats pourront rejoindre les lycées généraux et pourquoi pas les internats d’excellence que veut relancer le ministre…

Si dans les classes, les enfants sont réunis, sans mixité sociale, ce que peuvent rapporter et échanger les enfants de leur lecture du monde, de leurs expériences de vie sera très réduit.

Les filières qui se développeront au collège au lycée dans les différents parcours souhaités par les mesures ministérielles prennent ainsi racine dans ces classes de l’éducation prioritaire.

Les enfants des CP de l’éducation prioritaire déchiffreront, ceux des écoles de centre-ville liront !

 

Du coup, au sein de l’école publique cohabiteront toujours et encore plus deux jeunesses : une qui déchiffre le monde et une qui le lit.

La méthode syllabique rassure sans doute l’opinion publique, la plus connue par les parents, elle existe depuis si longtemps… et en plus l’opposer à la méthode globale – ce fantôme qui hanterait les classes de CP – la rend incontournable

Pourtant d’autres méthodes existent…

Apprendre à lire en lisant et en écrivant pour s’exprimer, pour communiquer, pour comprendre… tout en s’appropriant le code, les outils (syllabes, orthographe, grammaire…), c’est possible !

Cette méthode s’appuie sur les besoins naturels de l’enfant : désir d’apprendre, communication, expression, compréhension… elle se nomme « méthode naturelle de lecture-écriture » (MNLE) et a été expérimentée par Célestin Freinet depuis plus de 60 ans.

Et ce n’est pas la méthode globale… qui n’a jamais été utilisée en France !
Et avec la MNLE, dans les classes Freinet qu’elles soient en éducation prioritaire ou pas, les enfants apprennent à lire et ne se limitent pas au déchiffrage, ils lisent !
C’est pourquoi il est important de poursuivre cette œuvre de pédagogie émancipatrice, de la renforcer et d’avancer dans ce chemin, qui a fait ses preuves.

 

Un peu de pratique !

Voici quelques souvenirs de ma classe quand je pratiquais l'écrilire, j'étais en CP/CE1.

Dès le premier jour, je plaçais l’enfant en situation d’« écriture », qui est une dictée à l’adulte. C’était le premier cahier, le cahier d’écriture. Ce que tu as fait hier, ce matin, ce que tu aimes… Pour gérer mon passage à côté de chacun, je demandais aux enfants de dessiner ce qu’il voulait raconter le plus précisément possible. J’écrivais à chaque fois une ou deux phrases maximum et je leur demandais aussi de s’entraîner à relire, à se rappeler ce qui était écrit. Ils pouvaient me demander de l’aide…

Un peu plus tard, nous faisions une présentation collective de ce texte. Un seul (celui qui plaisait le plus) allait devenir le premier texte de référence, que toute la classe allait mémoriser (en entier, par ligne, ou par mot selon les avancées de chacun). Travail collectif où chacun montre ce qu’il sait ou croit savoir : je reconnais telle lettre, tel mot, c’est dans cette ligne… certains osent, d’autres se contentent d’imiter un camarade, tout est permis).

C’est dans ce premier moment où le climat est chaleureux, confiant, coopérant que la confiance va s’installer, que l’erreur sera traitée comme un simple moment d’apprentissage.
Le premier soir l’enfant rentrait à la maison avec le texte de la classe et son cahier d’écriture pour relire son texte. Le lendemain, de nouveau écriture. Mais cette fois-ci, lorsque je passais, si un mot de l’histoire faisait partie du texte de référence ou de son texte, je mettais un trait et je demandais à l’enfant de le retrouver (seul ou avec un camarade). L’enfant est alors en situation de lecture : il relit son texte, cherche la ligne, puis le mot… vérifie avec un camarade avec moi.
L’enfant va tâtonner, expérimenter. Il réinvestit selon son rythme personnel, ses acquis. On verra certains reconnaître un mot directement, alors qu’un autre sera obligé de tout relire. Mais chacun réussit à écrire le mot recherché (seul ou avec l’autre).
Dans les moments de découverte d’un texte (enfant, lettre collective, recette…), chacun va non seulement utiliser ce qu’il sait, mais va profiter des découvertes, remarques des autres.

Répétition, imitation, confrontation, expérimentation, vérification… les uns révisent, apprennent, se consolident, se rassurent, chacun prenant ce dont il a besoin.

Bien sûr, des moments de travail personnalisé pour systématiser les découvertes vont les accompagner, techniques d’écriture, entraînements de mémorisation... fichiers de lecture qui sollicite l’enfant sur l’observation, le sens.
Sans oublier les moments d’écoute : contes, histoires ; les moments de bibliothèque.
De plus en plus, dans les cahiers d’écrits, l’écriture de l’enfant va prendre le pas sur la mienne. Jusqu’au jour (personnel pour chaque enfant) où c’est lui qui va commencer à écrire toujours en cherchant les mots dans ses textes ou dans les textes de références (affichés et dans leur cahier) et qui va tracer le trait pour le mot qu’il ne connaît pas et moi je passe alors pour l’écrire.
Dans les moments de découverte, les enfants vont être de plus en plus nombreux à faire des analogies, « c’est comme ».  

Exemple : en voyant parapluie, certains vont dire et montrer le pa de papa et d’autres le pa de patin, certains pourront aussi rapprocher la syllabe pi de pirate et le po de potiron ou le peau de chapeau. Donc première découverte deux écritures pour [po] ! Premières contraintes d’écriture : chapeau et potiron. On pourra alors faire une première référence : le po de potiron et le peau de chapeau.
Dans cette découverte certains resteront à pa d’autres l’étendront à pi, po… d’autres verront que c’est la même chose avec ma et qu'on peut l’étendre à mi…
Dans le travail individuel, c’est à l’enseignant de faire travailler ce qui sort des découvertes selon chacun : pour tous peut-être travailler les syllabes des textes avec pa, puis rechercher toutes les syllabes avec p et essayer de les lire, de les écrire… jusqu’à différencier avec des syllabes plus compliquées… On fait des comparaisons, des rangements, des références.

L’écrit va alors encore changer, l’enfant va non seulement faire le trait pour moi, mais il va écrire ce qu’il sait du mot : par exemple il veut écrire citrouille, il va écrire ci (il connaît cinéma) et va finir par un trait. L’enfant est entré dans la combinatoire, le temps est arrivé d’apprendre le code. Comparaison, rangement, liste de mots, référence.

Utilisation de petits dictionnaires, des listes de mots.

Puis l’enfant sait lire, lorsqu’il écrit il est de plus en plus en situation d’expression, il oublie de s’arrêter pour tracer le trait. Le travail de correction, d’amélioration se fait à postériori.

Des outils lui seront nécessaires : organisation du texte, orthographe… le début de la grammaire, mais toujours en situation.




 

 

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