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Education, droits de l'enfant, écologie, société...

Notre système scolaire et la pauvreté

Notre système scolaire et la pauvreté

 

La pauvreté s'installe, s'étend et ronge les classes moyennes jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que des très pauvres, des pauvres et des riches : La pauvreté s’incruste

 

 La pauvreté est l'un des plus grands empêchements à apprendre dans notre système scolaire

En France, 3 millions de jeunes vivent en dessous du seuil de pauvreté, dont 1,2 million dans la grande pauvreté. Selon  une étude de l’INSEE publiée en 2018, les moins de trois ans et les 15-18 sont les plus touchés par la pauvreté. Ces enfants sont en danger humain, social, scolaire.

La France est un des pays de l'OCDE dont le poids de l'origine sociale pèse le plus dans le système scolaire : 5 % des décrocheurs sont des enfants de cadres contre 48 % d'enfants d'ouvriers ; 84 % des élèves d'enseignement  professionnel  et adapté sont des enfants de familles défavorisées.

Le système éducatif français peine à faire réussir 30 % des élèves issus des milieux populaires.

En effet, les enfants de familles pauvres ne sont pas seulement pauvres, ils sont aussi en situation irrégulière ou sans logement ou... et ils cumulent les empêchements à apprendre. Comment les faire réussir dans de telles conditions ?

L'École n'est pas à elle seule responsable de l'échec scolaire, les empêchements à apprendre sont en lien direct avec le droit à la dignité de toutes les personnes.

Les droits fondamentaux pour apprendre 

Qu’ils soient reconnus ne suffit pas, ils doivent aussi pouvoir s’exercer véritablement :

- un logement décent, proche de son école, suffisamment grand pour tous les membres de sa famille, dans un bon état sanitaire. Il ne faut plus laisser des familles en errance dans des hébergements d’urgence ;

- chaque enfant doit pouvoir bénéficier d’une scolarité stable, à partir d’un habitat stable. Il est extrêmement difficile de construire un parcours d’insertion sans avoir comme base une scolarité primaire et de collège stabilisée ;

un accès aux soins pour lui même et sa famille ;

-  un accès à une alimentation saine, à la cantine comme chez lui : offrir la gratuité de la cantine scolaire, oui mais dans de bonnes conditions avec des personnels d'encadrement formés, qualifiés et en nombre suffisant pour assurer un réel temps éducatif lors des repas pris à l'école ;

- un accès à des éléments culturels qui lui permettront de construire sa propre culture au cours de sa trajectoire singulière, dans le respect de la culture familiale mais aussi avec les apports culturels de ses lieux de vie (école, loisirs, etc.) ;

-  un matériel scolaire individuel simple et fonctionnel, fourni par l’établissement.

Tout enfant à droit à l’éducation, à la scolarisation, même les enfants pauvres,  même les enfants de parents SDF, même les mineurs étrangers, « isolés », « non accompagnés » ou issus de familles en situation irrégulière, même les enfants du voyage, même les enfants de parents « sans droits » et tous les « extra-territoriaux » qui subissent la sectorisation comme un rejet.

Pour les jeunes migrants mineurs isolés, il s'agit de respecter l'obligation de mise à l'abri de toute personne se réclamant mineure et isolée comme prévu dans la loi du 14 mars 2016.

L’école est un service public pour TOUS les publics.

 

Aussi, pour rendre l'École plus juste, il est nécessaire de penser sur deux axes complémentaires :

1. Des actions sociales et de santé permettant aux enfants de vivre sereinement à l'école et d'être disponibles aux apprentissages.

2. Une organisation pédagogique repensée dans un système éducatif qui ne soit pas exclusivement concentré sur le tri et la sélection des meilleurs.

 

1. Dans le domaine des actions sociales et de santé

Faciliter les démarches, accompagner les familles dans la recherche d'une stabilité permettant à l'enfant, au jeune de se sentir sécurisé.

Des équipes d’enseignants et d’animateurs sensibilisées et vigilantes en lien avec les représentants de parents, les associations locales sont indispensables pour peser sur les collectivités.

-  Les logements sociaux

Il y a urgence ! Nécessité d'un grand plan de constructions de logements pour que toutes les personnes vivant sur le sol français aient un endroit pour dormir la nuit et puissent bénéficier d'un logement salubre permettant aux familles de vivre à égale dignité avec tous.

Ne plus laisser des familles en errance dans des hébergements d’urgence. Les familles en grande précarité sont parfois logées dans des hôtels sociaux, parfois très éloignés du lieu de scolarité de leur enfant... ce qui entraine une grande fatigue et beaucoup de temps perdu dans les déplacements et génèrent les situations de déscolarisation.

- Mise en place d'une réelle mixité sociale. Souvent, ce sont les territoires les plus déshérités qui accueillent les plus pauvres. La mixité sociale est l'affaire de tous, elle est d'un profit considérable pour ceux qui sont en difficultés et réciproquement à ceux qui réussissent déjà.

- Respect des quotas de logements sociaux des communes, de la carte scolaire dans les zones urbaines, protéger les petites écoles dans les zones rurales des regroupements à marche forcée...

- La scolarisation de  tous les enfants

L'instruction est obligatoire pour tous les enfants, français et étrangers, à partir de 3 ans et jusqu'à l’âge de 16 ans révolus. L'année 2019 a vu l'abaissement à 3 ans de la scolarisation en maternelle y compris pour ceux qui n'ont pas de domicile (rappel fait par le défenseur des droits – rapport droits de l'enfant 2016). Il faut imposer aux autorités territoriales l'accueil de la totalité des élèves vivant sur leur territoire y compris ceux y vivant illégalement. Aucun enfant ne doit se retrouver exclu de dispositifs scolaires et sociaux auquel il a droit (voir la Convention internationale des droits de l'enfant).

- Des soins médicaux réguliers et appropriés pour tous

Les visites médicales à l'école maternelle devraient permettre de faire bénéficier aux enfants de soins gratuits par des dépistages réguliers. Or, il y a de moins en moins de médecins scolaires, ils ont donc des zones de plus en plus étendues, ce qui ne leur permet pas d'intervenir de manière régulière. Il n'y a plus de visites médicales sauf en cas d'urgence. Il n'y a plus de dépistage par le médecin scolaire.

Il existe une grande disparité des équipements de soins entre territoires urbains et ruraux. Des semaines d'attente ne sont pas rares pour obtenir un rendez-vous ! Des territoires urbains sont de véritables déserts médicaux, les urgences deviennent la seule possibilité de consulter. Et ce ne sont pas les propositions d'Agnès Buzin qui peut améliorer la situation (téléconsultation, prescription par les infirmières, les pharmaciens… ). Une véritable politique de santé nationale est indispensable, mais avec la suppression des cotisations sociales, le chacun pour soi avec les mutuelles aux services dépendant du montant de la cotisation, on en est très loin !

-  Des soins gratuits

Les dispensaires médicaux avec des soins gratuits ont été fermés, des maisons de santé commencent à les remplacer, mais sans gratuité. Le tiers payant généralisé a été abandonné  et tous les patients n’ont pas de mutuelle… 

Les jeunes majeurs

Aujourd'hui, les enfants vivent souvent chez leurs parents jusqu’à 25 ans, voire davantage. On ne peut donc plus accepter que les jeunes qui sortent de l’ASE soient « lâchés » à 20 ou 21 ans. L’accompagnement doit diminuer progressivement, jusqu’à ce que le passage progressif à l’âge adulte se soit opéré (domicile autonome, travail stable).

Mettre en place des « foyers de jeunes » partout où il existe des jeunes à la rue, afin de leur permettre un habitat collectif et un accompagnement social réfléchi pour leur tranche d’âge avec l’appui des organisations d’éducation populaire pour gérer les loisirs et la médiation vers des cours de promotion sociale qualifiante.

Permettre une formation professionnelle gratuite, un retour à une formation après une expérience professionnelle pour tous ceux qui n’ont pas validé un diplôme professionnel ou qui souhaite changer de métier. En effet, en raison de parcours de vie chaotiques, certains enfants sortent du système sans aucune qualification, ils doivent pouvoir accéder à une « deuxième chance », dans le cadre de l’école publique et non dans le cadre d’initiatives souvent privées limitées au bon vouloir local.

- Établir le lien entre les droits et l’exercice de ces droits par tous les enfants sans exception.

 

2. Dans le domaine de l'Éducation

Un autre système scolaire pour mettre en place une organisation pédagogique qui ne se concentre plus sur le tri et la sélection des meilleurs, mais qui encourage tous les progrès et permet à chaque jeune un véritable choix de formation qu’elle soit générale, technique ou professionnelle et non une orientation par défaut, souvent véritable ségrégation scolaire.

Quelle prise en compte de la très grande pauvreté, de la très grande précarité ?

De nombreux quartiers souvent excentrés subissent de plein fouet la crise économique, sans oublier les zones rurales ou rurbaines… De plus en plus d’enfants et de jeunes vivent dans la pauvreté et arrivent à l’école avec des bagages parfois très lourds de difficultés sociales.

Pour la plupart des enseignants, l’harmonie entre sa pratique professionnelle, ce qui entoure l’école, ce qui se passe dans la société, dans le monde se réalise difficilement.

Il est plus rare aujourd'hui de trouver des enseignants investis sur le territoire de leur école, surtout en zone urbaine. Souvent ils résident loin ou ne partagent pas forcément les espaces de vie de leurs élèves… la distance se creuse entre ce qu’ils vivent et ce que vivent leurs élèves. Les nouveaux enseignants sont maintenant très diplômés et de moins en moins issus des couches sociales populaires, ce qui rend certains d’entre-eux moins perméables aux difficultés sociales que rencontrent leurs élèves.

Leur engagement social peut se faire dans les syndicats, les partis politiques, les associations humanistes… mais comme regrettait Freinet dans les années 20, on voit des syndicalistes révolutionnaires, mais beaucoup moins d’instituteurs révolutionnaires.

 

Le mouvement Freinet a sur cette question une expertise éprouvée depuis plusieurs décennies, des travaux de recherche, des ouvrages pédagogiques et des sessions de formation1.

Depuis ses débuts, le mouvement Freinet a articulé l’engagement social et éducatif. En effet, la volonté de mettre en place une pédagogie émancipatrice, avec des réalisations, des expérimentations n’avait de sens que dans la lutte contre les inégalités d’accès aux connaissances et à la culture que subissaient les enfants du peuple en lien avec l’avènement d’une autre société. Pour ce faire, donner dès l’enfance le pouvoir de penser, de comprendre le monde à chaque individu… pour pouvoir agir sur lui une fois adulte. 

Partant de la culture première des enfants, du milieu, la pédagogie Freinet incite les enfants à être acteurs et auteurs de leurs apprentissages au sein d'un groupe de travail coopératif et bienveillant. La diversité est vécue comme une richesse.

L’articulation entre les transformations pédagogiques et ce qui entoure l’école,  ce qui se passe dans la société, ce qui ébranle le monde est permanente.

La pédagogie Freinet est une pédagogie qui valorise les progrès, elle  est non discriminante, ce qui permet à chaque enfant :

- de s’exprimer en exerçant tous les langages mis à sa disposition (langues orales, écrites, langages artistiques, mathématiques...) ;

- de tâtonner, avec la reconnaissance de l’erreur comme élément de l’apprentissage,  de refaire un travail ou une évaluation, de changer de projet, d’orientation…

- de disposer de temps pour cheminer dans l’apprentissage en toute sécurité, en disposant de l’entraide de ses pairs ou d’un adulte ;

- de se passionner pour ses centres d’intérêt, d’effectuer des recherches, de comprendre et d’agir sur son environnement ;

- de développer son imaginaire ;

- d’exercer sa pensée et sa citoyenneté.

C’est un mouvement pédagogique qui développe la coéducation pour redonner confiance, établir des liens de proximité et créer des passerelles entre l'école et la famille.

Certains principes établis avec les élèves peuvent influer les relations avec les parents : coopération, respect de l’autre, possibilité d’expression, explicitation des cadres, des règles.

L’enfant quel qu’il soit, est reconnu et respecté comme une personne libre, capable d’apprendre et de s’exprimer, au sein de cadres pédagogiques explicites.

De la même façon, le parent quel qu’il soit, l’adulte est reconnu et respecté en personne libre, d’égale dignité, capable d’éduquer, de dialoguer au sein des espaces aux règles explicites qui lui sont proposé.

Ainsi peut se construire une estime réciproque qui permet à chacun de reconnaître la compétence de l’autre et de gérer les éventuels désaccords et inévitables tensions, dans le non-jugement mutuel.

Enseigner en pédagogie Freinet ?

Pour se lancer tranquillement, cet ouvrage aux Éditions Libertalia (10 euros)

1. Outils et publications en pédagogie Freinet : https://www.icem-pedagogie-freinet.org/accueil-outils-et-publications

 

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