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Education, droits de l'enfant, écologie, société...

Un ministre qui aimerait faire le ménage ?

Un ministre qui aimerait faire le ménage ?

L’Obs du 24 août s’est entretenu avec Jean-Michel Blanquer pour faire le point sur ses principales mesures : « Un grand ménage » pour la revue.

On range, on jette, pour faire de la place à ce qui avait été mis par erreur dans des cartons et à ce que préconise la recherche scientifique.

Un peu de social comme le dédoublement des CP, pas mal de retours en arrière comme le redoublement (qui n’a jamais été supprimé…) et surtout un coup de balai sur les réformes du dernier quinquennat. Plaire et surtout ne pas déplaire aux parents et aux enseignants avec des mesures certes idéologiques, mais qui résonnent sur leurs préoccupations.

Et puis c’est ce que souhaitait le peuple français ! Petit rappel des élections, pour ceux qui auraient oublié :

« Les choses se sont dites, le peuple français a approuvé les orientations présentées, chacun doit en tenir compte. C’est une évidence. »

Quant au budget réduit de 75 millions d’euros en 2017, normal c’est la conséquence logique de la situation financière catastrophique… regardons plutôt 2018 où selon les engagements du Président et du Premier ministre, l’Éducation nationale fera partie des priorités. Avec cette précision quand même :  « L’Éducation nationale doit cependant être mieux gérée au cours des prochaines années pour contribuer à l’effort national. »

 

Ce que je retiens de cet entretien

 

– Retrouver la confiance, M. Blanquer explique la « nostalgie de la confiance qu’on avait en l’école ». Que ce soit celle des parents, des professeurs, des élèves… Ce qui expliquerait le pessimisme des jeunes Français  sur leur futur, une manière d’occulter ce qui entoure l’école et s’y infiltre : le quartier, le logement, la santé, le travail, l’accès aux loisirs et à la culture, l’environnement, les transports… bref la société.

Surfer sur les représentations de l’opinion publique, par exemple pour la lecture : l’utilisation de la méthode globale au lieu d’une méthode syllabique.

– Dénoncer le « pédagogisme » et l’« égalitarisme », deux mots responsables des maux de l’école française.

Une école façonnée par les élites pour des élites, est un discours « égalitariste » qui détruit, a détruit ce qui fonctionne. C’est le cas de la lecture, comme les mathématiques modernes à une époque. « On a utilisé les méthodes pédagogiques fragilisantes avec les publics les plus fragilisés ». Lesquelles ? La méthode globale n’a pour ainsi dire jamais été utilisée dans les CP et les mathématiques modernes l’ont été dans toutes les classes de l’enseignement public.   

Mais M. Blanquer aime la pédagogie et l’égalité. Il plaide pour l’innovation pédagogique… qu’il réduit aux technologies numériques (robotique, intelligence artificielle), en se concentrant sur les enseignements des neurosciences pour comprendre les mécanismes d’apprentissage et en mettant en avant les expérimentations innovantes envers les enfants des milieux modestes (comme celle de Cécile Alvarez ?)

Cependant, les méthodes pédagogiques utilisées doivent avoir des « assises scientifiques solides » ou si ce sont des innovations, elles doivent être « dûment évaluées ».

Inquiétude : la liberté pédagogique deviendrait-elle dépendante de la recherche scientifique et de leurs évaluations ?

– Dédoubler les CP en éducation prioritaire, pour que tous les enfants sachent lire, écrire et compter en sortant du CP. Ce serait pour lui un « grand progrès social ».

Pour les méthodes d’apprentissage en lecture :

« Pour la lecture, on s'appuiera sur les découvertes des neurosciences, donc sur une pédagogie explicite, de type syllabique, et non pas une méthode globale, dont tout le monde admet aujourd'hui qu'elle a eu des résultats tout sauf probant ».

Pour les mathématiques :

« On pourra s’intéresser à ce qui se passe à Singapour, puisque tout le monde reconnaît l’excellence de leur enseignement. »

– Atteindre l’objectif de 100% de réussite à la fin du CP

Dès le mois de décembre, un enfant qui n’entrerait pas dans la lecture devra être suivi avec « une attention particulière ». 

Dès le mois de décembre ?

Comme les maîtres de RASED sont en forte diminution et que  le dispositif « Plus de maîtres que de classes » sera surtout utilisé pour le dédoublement des classes de CP, on peut dire tout simplement que dans les classes de CP les enseignants devront suivre individuellement chaque élève, classe dédoublée ou pas. Ce qui n'est guère nouveau...

– Libérer » ou  libéraliser dans tous les sens ?

M. Blanquer parle de « liberté nouvelle » pour permettre aux enseignants de garder quelques éléments des anciennes réformes quand ils le souhaitent.

Pour la réforme du collège : il fallait l’assouplir afin de réparer ce qui avait été endommagé. Ce qui n’empêche pas de laisser à discrétion des établissements 20 % des heures.

Pour la semaine scolaire : ce n’est pas un retour à la semaine de quatre jours, se défend-il, c’est juste laisser la liberté aux territoires et aux acteurs de définir l’organisation qu’ils souhaitent. Ce qui dans la précipitation de l’annonce avec des concertations en urgence a quand même permis à plus d’un tiers des établissements de revenir à la semaine de quatre jours et combien s’engouffreront dans la brèche en 2018. Les intérêts des collectivités et des adultes ont suffi !

Quant au recrutement des professeurs par les chefs d’établissement, M. Blanquer franchit un pas : « Oui, il est logique que le chef d’établissement ait un rôle à jouer en matière de recrutement ». Il y aura « des discussions à venir », car il faut rénover la gestion des ressources humaines.

Inquiétude : ne risque-t-on pas de creuser encore les inégalités entre les établissements de centre-ville (professeurs les plus expérimentés et élèves les moins fragiles) et ceux de la périphérie (professeurs moins expérimentés et élèves les plus fragiles). A part ne plus mettre de professeurs débutants en REP, M. Blanquer est assez silencieux…

– Réhabiliter les internats (40 000 places sont vacantes)

L’internat représente un enjeu social fort, il répond à des facteurs extra-scolaires (quartier, logement, alimentation…) qui perturbent l’apprentissage de certains élèves. Ce doit être un « internat-liberté » avec un cadre et une ouverture (culture, sport, nature…).

Et tous les autres ? Ceux qui n’ont pas accès aux conditions de vie minimale, ce qu’on appelle « les droits fondamentaux humains », à un environnement favorable pour étudier : l’espace, le temps, le milieu (familial, quartier…) Eh bien, ce sera l’éducation prioritaire.

– Rénover l’éducation prioritaire

Il reprend l’adage de ses prédécesseurs : « Il faut donner plus à ceux qui ont besoin de plus ». Donc rénover l’éducation prioritaire, avoir des projets éducatifs ambitieux options musique, langues…) pour garder les enfants des classes moyennes dans les collèges et proposer des « parcours personnalisés qui amènent chacun au meilleur de lui-même ». 

Inquiétude : mais quand ce sont des collèges « ghettos » où il n’y a pas de classes moyennes, que se passe-t-il ? M. Blanquer ne l’évoque  pas...

 – Travailler sur l’attractivité des établissements

Remettre les classes à options : elles représentent des effets d’entraînement, de prestige et de requalification d’établissements. M. Blanquer se repose sur ce que penseraient les professeurs : ils « savent que ce que je dis là est vrai. Ils étaient opposés à cette réforme et on a essayé de les faire passer pour des rétrogrades ».

Inquiétude : ces options ne risquent-elles pas d’institutionnaliser les classes de niveaux au sein des collèges et de stigmatiser encore plus certains établissements.

Avoir « plusieurs colorations de parcours » dans un même collège. Par exemple : quatre sixièmes avec quatre spécificités (langues, musique, sport, nature). Juste une prise en compte des désirs et des talents de chacun.

Pour les talents, les intelligences multiples serviront sans doute d’alibi... Quant aux désirs : 11 ans pour choisir son orientation  ! Ce seront surtout les adultes (familles, professeurs, conseillers d’orientation) qui en seront les moteurs. Le fatalisme sociologique (conscient ou inconscient) a encore de l’avenir !

– Former les professeurs

Dans les ESPÉ, 70 à 80 % des intervenants seront « des enseignants chevronnés ayant fait leurs preuves sur le terrain ». Ce qui serait nouveau, mais une inquiétude sur le comment sera évalué le « ayant fait leurs preuves ». Les praticiens de l’Éducation nouvelle ne seront-ils pas exclus pour leur soi-disant « pédagogisme » ? Car il faut que les futurs enseignants dédient un temps important à la lecture, l’écriture et le calcul, qui représenteront le « cœur de leur compétence ».

 

Pour conclure, je cite l’objectif de M. Blanquer pour l'éducation :

« Cultiver l’optimisme, le volontarisme et tirer tout le monde vers le haut. »

Mais...

L’optimisme ne peut pas se cultiver entre les murs d’une classe, si au-dehors il n’y a pas d’avenir

Le volontarisme permet de responsabiliser chacun de ses réussites et donc de ses échecs.

Tirer tout le monde vers le haut, certes, mais en gardant le privilège pour certains d’être plus hauts que les autres.

 

Synthèse des nouveautés de la rentrée

 

 

Un ministre qui aimerait faire le ménage ?

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